Nature Esthétique

Vous ne sauriez imaginer quel succès a eu ce bijou (sa canne) qui mens d’être européen… Tout le dandysme de Paris a été jaloux. » (Honoré de Balzac, Lettres à l’Etrangère, t. 1, 1850, p.244)

« Culte de soi-même » selon Charles Baudelaire, « culte de la différence dans le siècle de l’uniforme » selon Roger Kempff (1927-2014), le dandysme apparait dans les mondanités parisiennes des 1815. Au XIXe siècle, le dandysme est une attitude esthétique et morale liée à l’élégance.
Un Dandy, en France, à l’époque romantique, c’était un élégant qui se pique de suivre rigoureusement les modes.
Le plus célèbre des dandys, George Brummell, connu sous le nom du « Beau Brummell », influence bientôt l’écrivain George Byron par son esprit et son élégance. Ce petit essai de Jules Barbey d’Aurevilly retrace brièvement la vie de Georges Bryan Brummell.

Quand la vanité est satisfaite et qu’elle le montre, elle devient de la fatuité. C’est le nom assez impertinent que les hypocrites de modestie ― c’est-à-dire tout le monde ― ont inventé par peur des sentiments vrais. Ainsi, ce serait une erreur que de croire, comme on le croit peut-être, que la fatuité est exclusivement de la vanité montrée dans nos relations avec les femmes.

Non, il y a des fats de tout genre : il y en a de naissance, d’ambition, de fortune, de science ; Tufière en est un, Turcaret un autre ; mais, comme les femmes occupent beaucoup en France, on a surtout donné le nom de fatuité à la vanité de ceux qui leur plaisent et qui se croient irrésistibles. Seulement, cette fatuité, commune à tous les peuples chez qui la femme est quelque chose, n’est point cette autre espèce qui, sous le nom de dandysme, cherche depuis quelques temps à s’acclimater à Paris. L’une est la forme de la vanité humaine, universelle ; l’autre, d’une vanité particulière et très particulière : de la vanité anglaise. Comme tout ce qui est universel, humain, à son nom dans la langue de Voltaire ; ce qui ne l’est pas, on est obligé de l’y mettre, et voilà pourquoi le mot dandysme n’est pas français. Il restera étranger comme la chose qu’il exprime. Nous avons beau réfléchir toutes les couleurs : le caméléon ne peut réfléchir le blanc, et le blanc pour les peuples c’est la force même de leur originalité. Nous posséderions plus grand encore le pouvoir d’assimilation qui nous distingue, que ce don de Dieu ne maîtriserait pas cet autre don, cette autre puissance ― le pouvoir d’être soi ― qui constitue la personne même, l’essence d’un peuple. Eh bien ! C’est la force de l’originalité anglaise, s’imprimant sur la vanité humaine ― cette vanité ancrée jusqu’au cœur des marmitons et contre laquelle le mépris de Pascal n’était qu’une aveugle insolence ― qui produit ce qu’on appelle le dandysme. Nul moyen de partager cela avec l’Angleterre. C’est profond comme son génie même. Singerie n’est pas ressemblance. On peut prendre un air ou une pose comme on vole la forme d’un frac ; mais la comédie est fatigante ; mais un masque est cruel, effroyable à porter, même pour les gens à caractère qui seraient les Fiesque du dandysme, s’il le fallait, à plus forte raison pour nos aimables jeunes gens. L’ennui qu’ils respirent et inspirent ne leur donne qu’un faux reflet du dandysme. Qu’ils prennent l’air dégoûté, s’ils veulent, et se gantent de blanc jusqu’au coude, le pays de Richelieu ne produira pas de Brummell.

Barbey met l’accent sur le contexte d’émergence du phénomène du dandysme. À plusieurs reprises, il rappelle le caractère anglais de la chose. L’ennui très profond des Anglais les aurait rendus réceptifs à un caractère tel que celui de Brummell qui, dans sa vanité et son originalité, brisait la monotonie de leur société. Bien que la vanité soit dans une certaine mesure à la base du dandysme, cette caractéristique ne peut produire le dandy n’importe où. Ce peuple est « nervo –sanguin ». Sans un certain type de foule, la personnalité de l’homme ne produit pas le bon effet. La froideur des Anglais fait briller le caractère du dandy. Le contexte est donc tout aussi important pour la possibilité du dandysme que le caractère de l’individu. Après tout, le dandy trouve tout son éclat dans un contexte social. Hors de la société, il n’est rien, puisqu’il n’a plus de public pour réagir à son caractère.

Du Dandysme et de George Brummell, Jules Amédée Barbey d’Aurevilly



      « le Dandy mourant », 1918, huile sur toile, Moderna Museet, Stockholm, Nils Dardel

Le brillant excentrique peintre suédois Nils Dardel (n. 1888, Bettna, Suède; m. 1943, New York City) a étudié à la Stockholm Royal Academy of Arts et comme de nombreux artistes suédois ont passé des années à Paris, où il fut introduit au Fauvisme et fréquenta les cercles surréaliste et dadaïste. Ses portraits de société accomplis étaient tellement flatteurs que son atelier s’appelait « le salon de beauté esthétique de Dardel ». Développé à la fin des années 1910, le style flamboyant de Dardel est connu sous le nom de « Dardelism », une sorte d’approche réaliste autobiographique masquée immergée dans des fantasmes oniriques, un peu comme le coloré, des peintures légères du peintre et saloniste américain Florine Stettheimer (1871-1944).

Dans « Le Dandy mourant» (1918), l’artiste se dépeint près de la mort. Il porte un élégant costume vert, sa main droite saisit un miroir et sa main gauche saisit sa poitrine, il est entouré d’amis en deuil tout aussi bien habillés. Dardel a peint plusieurs prémonitions de sa mort (il a souffert d’une maladie cardiaque à vie) avant de mourir d’une crise cardiaque en 1944 à New York.

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