Expression de la douleur

Le romantisme est un mouvement qui a émergé à l’époque où régnait le capitalisme. Cette époque extrêmement sombre est caractérisée par plusieurs réactions telle la découverte de la solitude, la révolte, l’exaltation du moi profond ainsi que l’expression de la douleur et de la souffrance des jeunes romantiques. Cette expression de la douleur a été véhicule dans les écrits, peintures ainsi que sculptures des jeunes de cette époque appelés « les jeunes romantiques ».

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe. 
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh! que de soirs d’hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte! Hélas ! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

« Elle avait pris ce pli … » Victor HUGO, Les contemplations, 1856.

Ce poème de Victor HUGO évoque le souvenir de sa fille « Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père », un souvenir qui le fait énormément souffrir depuis la mort de cette dernière. En effet, le poète a écrit ce poème ainsi qu’une grande partie de son recueil Les Contemplations sur la mort de sa fille. À travers ce poème, Hugo exprime la grande douleur et la souffrance qui baignent dans son âme à la suite de la perte d’un être cher. Nous constatons que le souvenir est le thème principal dans ce poème. En effet, le souvenir de sa fille peut être associé au souvenir des temps glorieux à l’époque de Napoléon et de la révolution dans laquelle les jeunes romantiques ont triomphés. Le thème de la douleur est très présent chez Hugo ainsi que chez la plupart des romantiques puisque cette douleur a conduit à la naissance du mouvement. Ainsi, ce poème évoque parfaitement la douleur et la souffrance des romantiques du XIXe siècle qui sont des sentiments et des sensations que ces derniers exaltent souvent dans leurs écrits.


Théodore GÉRICAULT, Le radeau de la méduse, Huile sur toile, 4,91m ´ 7,16m, Musée du Louvre, Paris, 1819.

Le radeau de la méduse représente des hommes qui ont passés treize jours sur un radeau souffrant de faim, de cannibalisme et de maladie. Malgré cela, Géricault les représente bien portants et musclés dans la tradition de la peinture romantique. À travers les corps « délabrés », réalistes, la déstructuration, l’absence de symétrie ainsi que la forme de ce tableau, nous pouvons comprendre d’ores et déjà le déséquilibre qui existe non seulement dans la société romantique mais aussi dans le moi profond de chaque individu. Ce tableau représente les espoirs déçus, la souffrance extrême, et l’instinct de survie ainsi que l’authenticité du désespoir manifesté par les survivants. En effet, cette toile nous montre à travers sa structure, sa forme ainsi que la gestuelle et l’expression des visages des personnages, la souffrance et la douleur des romantiques.

Charles Melchior Artus était marquis de Bonchamps, il servait l’armée royale lors de la Révolution Française. Il subit une défaite lors de la bataille de Cholet et grièvement blessé, il commença à agoniser. Les paysans Vendéens voulaient défendre leurs camarades qui sont morts lors de cette bataille en exécutant les prisonniers républicains. Bonchamps ordonna grâce aux prisonniers. Cela nous rappelle Jésus sur la croix, agonisant « pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Le sculpteur David d’Angers réalisa donc le tombeau prenant pour thème la scène qui sauva son père qui était l’un de ces prisonniers. Le visage de la sculpture est marqué d’un certain romantisme : les cheveux détachés, le visage crispé par une douleur qui semble autant être la douleur physique de l’agonie que la douleur morale du comportement des Hommes. Cette sculpture de David d’Angers exprime parfaitement la douleur des romantiques aussi bien face à leurs sentiments et la société qui emprisonne leurs moi qu’à la perte de nombreuses personnes chères à leur cœur à cause de la situation politique de l’époque.

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